Hors la loi

    Nicolas Hulot a entériné l’analyse de RTE (Réseau de transport d’électricité) suivant laquelle il fallait être hors la loi Transition énergétique qui prévoit de ramener la part du nucléaire à 50 % en 2025. La raison invoquée est qu’il faudrait compenser la perte de capacité nucléaire par des capacités de production utilisant des énergies fossiles, émettrices de dioxyde de carbone. C’est exact et c’est dû en grande partie au peu d’ambition de la France en matière de production de sources décarbonées (éolien, particulièrement en mer par rapport à nos voisins, et solaire) et de stockage d’énergie.

     

    La nécessité de continuer à utiliser des énergies fossiles pour au moins quelques décennies n’est pas propre à la France. 80 % de l’énergie primaire mondiale est carbonée et 60 % de l’électricité est produite à partir d’énergies fossiles. Souvent, il s’agit d’installations récentes, qui servent à répondre aux besoins des pays en croissance ou à remplacer des unités de production au charbon trop anciennes et polluantes par de nouvelles centrales. C’est le cas en particulier de la Chine et de l’Inde, mais aussi des États-Unis, de pays européens et bien d’autres dans le monde.

    Dans ces conditions, même si toutes les nouvelles capacités de production étaient de sources décarbonées – ce qui est loin d’être le cas — il serait impossible de limiter l’élévation de température, même à moins de 3,5 °C.

     

    Une solution existe pourtant et elle est incontournable. Il va falloir se décider à capter et à séquestrer ou utiliser (sans le réémettre) le dioxyde de carbone issu de la combustion de sources carbonées : énergies fossiles, mais aussi biomasse.

     

    Évidemment, il y a un piège à contrecarrer. Il ne s’agit en aucun cas d’utiliser le captage de dioxyde de carbone pour justifier plus de nouvelles installations d’énergies fossiles pendant des décennies. Il s’agit d’une solution transitoire. Le désinvestissement des énergies fossiles doit être intensifié, le choix doit se porter en priorité sur les énergies décarbonées, ce qui est d’autant plus faisable que l’électricité produite par les grandes parcs solaires et éoliens est de plus en plus souvent moins cher que l’électricité de source fossile, sans subvention. Les centaines de milliards de dollars de subventions qui sont accordées chaque année par les États aux énergies fossiles doivent cesser.

     

    Mais il n’est pas réaliste d’envisager un arrêt en quelques années de toutes les installations de combustion d’énergies fossiles dans le monde. L’obligation de capter le dioxyde de carbone serait en revanche une incitation à moins d’énergie fossile, car l’ajout de cette solution constitue une contrainte supplémentaire et un avantage induit pour les solutions décarbonées.

     

    Le marché pourrait avoir une croissance de plus de 20 % par an et pourrait représenter près de 8 milliards de dollars pour l’Europe et les État-Unis et 30 milliards de dollars dans le monde en 2021. Potentiellement, il correspond à des milliers d’installations par an dans le monde, si on veut modérer le réchauffement climatique.

     

    La France est totalement absente de ce marché et il est surprenant que la solution du captage n’ait même pas été évoquée. Il est vrai qu’elle déplaît à certains milieux, parce qu’elle admet que les énergies fossiles sont encore là pour quelques décennies au moins. On préfère parfois le rêve du 100 % renouvelable et on se retrouve avec beaucoup de nucléaire, peu de renouvelable décarboné (on n’y aime pas trop non plus les grands parcs éoliens et solaires), de la biomasse, certes renouvelable mais carbonée – et le gaz naturel présenté comme l’énergie d’avenir –, mais sans captage.

     

    La bonne décision est de développer dès maintenant le captage du dioxyde de carbone pour les grandes installations de combustion d’énergie de sources carbonées (production électrique, cimenteries, pétrochimie, biomasse). Elle présente l’avantage de respecter la loi, ce qui devrait être une exigence pour tout gouvernement et « dans le même temps » de construire une filière française de cette technologie à fort potentiel d’exportation.