Impact du GNL sur le climat : des Canadiens s’interrogent

Selon McKinsey Insights, la part de gaz naturel liquéfié (GNL) devrait passer d’environ 350 à 676 milliards de mètres cubes par an entre 2016 et 2030. Dans la même période, la production mondiale de gaz naturel devrait passer de 3 500 à 4250 milliards de mètres cubes par an. Le principal moteur de cette croissance est l’Asie.
Le méthane, qui compose en grande partie le gaz naturel a un pouvoir de réchauffement 70 fois plus élevé que le dioxyde de carbone sur une période 20 ans, à quantité de carbone égale. Or, c’est bien durant les deux prochaines décennies que se jouera l’avenir thermique de la planète. Sur le cycle de vie, compte tenu des fuites de méthane durant l’exploitation des puits, les transformations et le transport, puis souvent une fois les puits abandonnés, le gain sur le réchauffement par rapport aux énergies fossiles qu’il remplace est moins important que celui habituellement calculé à partir de la seule combustion des sources d’énergie.
Le Canada est de plus en plus exportateur de gaz naturel, sous la forme de gaz naturel liquéfié, un marché en forte croissance dans le monde. Une part du GNL provient des gisements de gaz de schiste, dont le bilan carbone et environnemental est plus mauvais que celui du gaz naturel conventionnel.
L’institut C.D. Howe a fait une étude pour évaluer les bienfaits environnementaux de l’exportation par le Canada de GNL. Les réductions d’émission obtenues par les exportations sont en effet prises en compte pour mesurer la contribution du pays à la lutte contre le changement climatique.
L’étude conclut que les exportations canadiennes de GNL ne réduiraient les émissions de dioxyde de carbone que dans certaines régions de l’Asie, et qu’elles auraient plutôt l’effet contraire dans la majorité des autres marchés.

Les réductions des émissions globales de gaz à effets de serre n’auraient lieu que dans les cas où les exportations de GNL remplaçaient le charbon ou le pétrole dans l’alimentation des centrales électriques en Chine, en Inde, au Japon et à Taïwan.
En revanche, les émissions de GES augmenteraient considérablement dans neuf des 13 marchés envisagés par le Canada, car ces pays sont dotés d’importantes sources d’énergie renouvelable et à faibles émissions de carbone et les importations de gaz naturel risquent de ralentir le déploiement des installations d’énergies solaire ou éolienne. C’est ce qui risque de se produire dans les pays européens. Les chercheurs concluent que les exportations de GNL de la Colombie-Britannique, sur la côte ouest, pourraient favoriser les réductions d’émission. Ce serait moins le cas pour les exportations depuis la côte est du Canada ou des États-Unis, généralement destinées à l’Europe.
Il est donc difficile pour les autorités d’évaluer l’impact des exportations sur les émissions de gaz à effet de serre. En effet, au moment où un projet de production de GNL est approuvé, les autorités ne peuvent pas savoir quelle sera la destination finale du GNL ni les sources d’énergie qui seront ainsi remplacées dans les pays importateurs.
Selon les auteurs, les autorités canadiennes provinciales devraient donc focaliser leurs efforts sur la part des émissions de gaz à effet de serre liées au GNL qui sont sous leur contrôle : par exemple les fuites de méthane dans les phases d’extraction, de production et de transport.
Ce qui se passe ailleurs est du domaine de la diplomatie et des politiques nationales.

 

Contexte

Plus généralement, des écologistes et professeurs en environnement ont soutenu au cours d’une conférence de presse au mois de septembre 2017 à Montréal qu’il est faux d’affirmer que le gaz naturel est une bonne énergie de transition vers une économie décarbonée. Ils ont affirmé que le recours au gaz naturel éloignait en fait le Québec et le Canada de leurs cibles de réduction des gaz à effet de serre. Selon eux, en additionnant toutes les formes de pollution liées à l’extraction et à l’utilisation du gaz naturel, on constate que ce gaz n’est pas aussi avantageux que l’affirment les distributeurs.
Le « gaz naturel » devient au Canada de plus en plus l’option privilégiée par les responsables municipaux pour chauffer les résidences. On impose bien souvent aux Canadiens l’idée que ce gaz naturel est un produit local, bien de chez eux, ce qui réduirait encore plus son empreinte sur l’environnement et contribuerait au développement économique du pays.

Si le Québec semble généralement faire exception à cette tendance nationale en raison de sa production massive d’hydroélectricité, il existe tout de même périodiquement sur le territoire québécois d’ambitieux projets liés au gaz et à son transport.

On est frappé par l’analogie avec ce qui se passe en France. Sauf qu’en France, le gaz naturel est en plus un produit importé.

Notons que les chercheurs de la société C . D Howe ont aussi envisagé le cas où le GNL est utilisé pour compenser la diminution de la part du nucléaire dans le mix énergétique. On peut dire que c’est défavorable au climat, sauf si les émissions de dioxyde de carbone sont captées. La question est donc de comparer le coût du maintien des centrales nucléaires à celui des installations de captage de dioxyde de carbone des centrales de production au gaz naturel.