L’élévation du niveau des mers a été sous-estimée pendant des décennies

Récemment, un problème d’étalonnage sur un altimètre du premier des satellites mis en orbite pour mesurer le changement de niveau des mers a été détecté. En fait, un réétalonnage de l’altimètre avait été prévu pour compenser d’éventuelles erreurs de mesure, en particulier le vieillissement des composants. Mais, il a contraire biaisé les résultats. Cela explique pourquoi il semblait que le rythme de l’augmentation du niveau des mers restait si stable, voire diminuait, alors que la terre et les mers se réchauffent et que les glaciers terrestres fondent. Il s’agit du satellite franco-américain Topex/Poséidon, qui fait des relevés d’altimétrie marine depuis 1992.

Après correction des données de ces erreurs de mesure, les scientifiques de l’université de Boulder, Colorado, on trouvé un taux d’augmentation du niveau de mer compatible avec ce qu’on attendait en tenant compte du réchauffement climatique. Le taux d’augmentation est passé de 1,8 mm/an en 1993 à environ 3,9 mm/an en 2017.

Des scientifiques du LEGOS de Toulouse ont étudié les différentes contributions à l’augmentation du niveau des mers, comme la dilatation thermique de l’eau des océans et la fonte de glace terrestre au Groenland. Les résultats montrent que les mesures du satellite Topex/Poseidon ont donné des valeurs trop élevées les six premières années. Ensuite, on a commencé à utiliser le capteur de secours du satellite. Les erreurs dans les premières mesures ont déformé la tendance sur le long terme et ont masqué l’effet d’augmentation sur la durée de la vitesse d’élévation du niveau des mers.

Dès 2015, une équipe de l’université de Sydney avait noté des écarts entre les données de mesures du niveau de mer, suivant qu’elles provenaient des satellites ou de sondes de marée réparties dans le monde. En faisant correspondre les deux séries de données, ils ont retrouvé un taux d’augmentation du niveau des mers cohérent avec les nouvelles valeurs citées.

Les données corrigées conduisent à prévoir une montée du niveau des mers de 0,75 cm après la fin du 21e siècle, ce qui correspond aus prévisions publiées par le GIEC en 2013.

Notons cependant que certains scientifiques pensent que l’élévation pourrait être bien plus importante, si on tient compte de la fonte des glaciers continentaux dans l’Antarctique. Or, le basculement dans la mer d’un immense bloc de plaque de glace flottante survenue en juillet 2017 à cause d’une faille dans la plaque de Larsen B, bien qu’elle n’ait pas en elle-même de conséquence sur le niveau de l’eau, peut conduire ultérieurement au basculement dans la mer de glace terrestre.

Des signes de fonte superficielle de la plaque de glace, qui vient s’ajouter à la fonte par en dessous déjà constatée, confirment que ces phénomènes prévus dans les modèles, non seulement se produisent, mais surviennent plus vite que prévu. Suivant ces modèles, le niveau des mers augmente de plusieurs mètres à la fin du siècle.

Nature 547, 265–266 (20 July 2017) doi:10.1038/nature.2017.22312