L’Inde utilisera le charbon pendant encore des décennies

Le gouvernement indien prévoit que 57 % de l’électricité du pays sera de sources non fossiles en 2027, alors que l’engagement dans les accords de Paris était d’atteindre 40 % en 2030. La vue est plus sombre quand on prend connaissance des prévisions concernant l’industrie du charbon, au regard des besoins.

304 millions de personnes en Inde n’ont pas encore d’accès à l’électricité. Les trois quarts de l’électricité en Inde sont produits à partir du charbon et les aciéries et les usines d’aluminium fonctionnent aussi avec du charbon.

En septembre 2017, une crise s’est produite sur la fourniture de charbon, déclenchée par une baisse de production du nucléaire et de l’hydroélectricité. La société CIL de Kolkata, qui fournit 80 % du charbon consommé par le secteur électrique, n’a produit que 232 millions de tonnes de charbon au lieu des 266 millions de tonnes prévus sur la période d’avril à septembre 2017. À cela s’ajoutent un manque de fluidité sur le marché du charbon et des limites dans la capacité de transport ferroviaire pour alimenter les sites de production. Comme il était impossible d’opérer des délestages à cause des festivités qui ont lieu en septembre, les producteurs ont dû s’approvisionner sur le marché, où les prix ont flambé. Les producteurs d’acier et d’aluminium ont également connu des difficultés.
Les producteurs d’électricité indiens réclament donc l’augmentation de la production de charbon domestique, pour garantir la sécurité énergétique et réduire les importations. En 2016, l’Inde a importé 192 millions de tonnes de charbon.

Les ressources de charbon identifiées en Inde sont estimées à 309 milliards de tonnes, mais seulement 138 milliards sont actuellement prouvées (c’est-à-dire exploitable dans les conditions actuelles). Pour le reste, des explorations supplémentaires doivent être entreprises. C’est pourquoi le gouvernement indien compte faire appel au secteur privé, pour « développer le secteur du charbon nécessaire à la croissance de l’économie ».

Un plan de développement du charbon en neuf points a été élaboré. Il vise une production sous monopole d’État de 1 milliard de tonnes par an en 2020, la confirmation de 25 % des réserves qui ne sont pas encore « prouvées », le développement des liaisons ferroviaires pour transporter le charbon. D’autres mesures concernent la notion assez floue de « charbon propre », qui peut signifier moins de pollution locale, mais en aucun cas moins d’émissions de dioxyde de carbone.

L’entreprise indienne Adani Enterprises envisage d’ouvrir une grande mine de charbon en Australie pour fournir le secteur énergétique indien, mais le financement du projet n’est pas assuré. En revanche, selon le gouvernement, l’Inde n’aurait pas besoin de construire de nouvelles centrales au charbon entre 2022 et 2027. À noter que dans les accords de Paris l’Inde n’a pas fixé de délai pour diminuer l’utilisation d’énergies fossiles. Son engagement porte sur la réduction des émissions par unité d’activité économique, c’est-à-dire sur des mesures d’efficacité énergétique.

Selon certains experts la consommation de charbon de l’Inde devrait atteindre son pic durant les dix prochaines années. Mais l’Agence internationale de l’énergie prévoit une consommation de charbon en croissance de 4 % par an jusqu’en 2030. Le secteur du charbon en Inde vise 1,5 milliard de tonnes de charbon en 2020 (dont un million sous monopole d’État).

Contexte

Le gouvernement indien a annoncé que le pays dépasserait les engagements de capacité de production d’énergie de sources renouvelables pris en 2015 à la conférence sur le climat de Paris. En août 2017, il y avait 58,3 GW d’énergie renouvelable, dont 32,5 GW d’éolien et 13,1 GW de solaire. Les prévisions pour mars 2022 sont de 175 GW (en incluant toutefois toutes les centrales hydroélectriques de plus de 25 MW et la bioénergie).

 

Ainsi, EDF Énergies nouvelles prévoit d’y investir deux milliards de dollars d’ici 2027 dans des projets totalisant 2 GW, selon une déclaration d’Antoine Cahuzac à India Times en septembre 2017.

Malgré cet apparent succès pour la part des énergies renouvelables – et on devrait pouvoir en dire autant de la Chine et des autres régions dans le monde dont les économies reposent en grand partie sur les énergies fossiles – l’objectif de ne pas dépasser environ 650 Gt de dioxyde de carbone (tous secteurs confondus et dans le monde) d’ici 2100, pour une élévation de température limitée à 3,5 °C, ne pourra pas être atteint.

Ainsi, rien que pour l’Inde, la consommation de 1,5 milliard de tonnes de charbon (1,5 Gt) par an pour la production d’électricité, prévue en 2020, correspond à 3,7 Gt de dioxyde de carbone. D’ici 2030, c’est donc près de 40 Gt de dioxyde de carbone qui seront émis. S’y ajouteront les émissions des aciéries, des usines d’aluminium, des cimenteries et des industries pétrochimiques.

C’est pourquoi il est grand temps pour l’ensemble des acteurs concernés de prendre conscience qu’il est nécessaire d’équiper les grandes installations de combustion d’énergies fossiles et carbonées (centrales électriques, métallurgie, cimenteries et industries pétrochimiques), avec des solutions de captage et de séquestration ou d’utilisation (sans réémission) de dioxyde de carbone.