Pour un bon usage du captage du CO2

    Un des plus importants projets au monde de centrale électrique au charbon « propre », suivant la technologie du cycle combiné à gaz avec gazéification de charbon intégrée, à laquelle devait être ajouté un système de captage de dioxyde de carbone vient d’être abandonné — et c’est tant mieux.

    Car ce n’est pas du tout à cause du captage de dioxyde de carbone, prévu avec une technologie éprouvée, mais parce que l’extrapolation du pilote de cycle combiné gaz avec gazéification intégrée à la puissance de 585 MW prévue s’est révélée trop complexe et beaucoup trop coûteuse, après 7,5 milliards de dépenses en sept ans sans aboutir.

    Finalement, l’installation fonctionnera avec du gaz naturel — et sans captage de dioxyde de carbone, car ce n’est pas ça qui intéressait l’industrie du charbon.

    Pour elle, le captage n’est qu’un prétexte. En effet, le projet poursuivi par les tenants du « charbon propre » n’est pas de capter les émissions de dioxyde de carbone des installations industrielles (centrales électriques, cimenteries, pétrochimie, etc.) qui restent inévitables pendant la période de transition vers l’abandon des énergies fossiles.

    Il s’agit au contraire de continuer à développer l’utilisation du charbon jusqu’à épuisement des réserves, dans quelques centaines d’années — n’en déplaise aux faux prophètes de l’épuisement des énergies fossiles.

    Le projet est implanté dans une région du Mississippi appelée Kemper, site d’un gisement de quatre milliards de tonnes de lignite humide et de mauvaise qualité. Autrement dit, un type de combustible qu’il convient d’abandonner en premier et sans délai.
    Dans le projet initial, le lignite devait être gazéifié, du dioxyde de carbone en excès devait être capté à ce niveau, avant que le gaz de synthèse obtenu soit brûlé pour alimenter la turbine à gaz à cycle combiné. Les émissions de dioxyde de carbone en aval ne sont pas évitées.

    On voit bien que le but est de permettre l’utilisation d’un charbon de trop mauvaise qualité pour les procédés traditionnels, compte tenu de la réglementation sur la pollution.

    En plus, le dioxyde de carbone capté devait être injecté dans des puits de pétrole en fin de vie, pour en tirer le reliquat de pétrole. Et par conséquent, réémettre du dioxyde de carbone dans l’atmosphère avec la combustion du pétrole. En résumé, tout ce qu’il faut proscrire.

    Certaines personnes ont déjà commencé de profiter de cet échec industriel pour conclure à l’impossibilité de déployer le captage et la séquestration du dioxyde de carbone.

    Or, appliqués à bon escient, le captage et la séquestration de très longue durée du dioxyde de carbone émis par des installations de combustion d’énergie de sources carbonées (charbon, gaz pétrole, biocombustibles, biocarburant) constituent une solution incontournable pour éviter une élévation de la température très probablement supérieure à 3,5 °C.

    Par exemple, le projet Pétra Nova, avec l’adjonction d’un système de captage de dioxyde de carbone à la centrale au charbon Parish au Texas, a été réalisé dans le délai prévu et à un coût de 20 % inférieur à celui de la première installation commerciale de ce type à Boundary Dam.

    CONTEXTE

    Le captage est incontournable parce qu’actuellement 40 % de l’électricité dans le monde sont produits dans des centrales au charbon, et que le parc de centrales est très jeune, avec 500 GW de puissance ajoutés depuis 2010, essentiellement dans les pays émergents.

    Il est illusoire de penser que cette capacité de production pourra être remplacée par de la production de sources décarbonées, dans les 20 ans qui restent pour stopper les émissions de dioxyde de carbone. Ce serait déjà pas mal si à partir de maintenant, toutes les nouvelles capacités mises en service utilisaient des sources décarbonées.

    C’est très loin d’être le cas. La bonne nouvelle, c’est que toutes ces centrales au charbon relativement récentes sont compatibles avec des technologies de captage. C’est aussi le cas d’installations industrielles, comme les cimenteries ou la pétrochimie, secteurs où plusieurs installations de captage fonctionnent déjà.

    Pour des gouvernements qui voudraient aller au-delà de la communication pour lutter contre le changement climatique, la politique à mener est donc claire : imposer par des réglementations adéquates, avec un accompagnement incitatif, aux industriels de mettre en œuvre massivement le captage de dioxyde de carbone ; fermer les unités de production trop anciennes pour être transformées ; ne pas encourager ni favoriser les installations de captage de dioxyde de carbone, quand celui-ci est destiné à être réutilise, pour l’extraction de pétrole, pour fabriquer du méthane par réaction avec de l’hydrogène de source renouvelable, etc. — en bref, chaque fois qu’il est remis dans l’atmosphère.