Réponses de Bruno Le Maire

1. Comment informerez-vous la population de la réalité de la situation climatique ?

Le débat sur le développement durable et notamment sur le climat est devenu illisible pour les Français. Je souhaite avant tout de faire de l’environnement un enjeu public partagé en faisant construire un tableau de bord d’indicateurs d’état de l’environnement afin que les Français puissent enfin connaître le résultat direct de leurs actions quotidiennes, notamment concernant le réchauffement climatique. En complément, un rendez-vous annuel sera mis en place pour faire le bilan, mettre à jour les objectifs et définir les actions nouvelles à mettre en œuvre pour les atteindre. 2. Ferez-vous de la diminution de la combustion de sources d’énergie carbonée un des critères de choix des décisions politiques ?

Grâce aux choix visionnaires des années 1970, nous avons la chance d’avoir une électricité abordable et non polluante. Le renouveau aujourd’hui, c’est prendre les orientations stratégiques qui bénéficieront à nos enfants et de faire de la France un modèle en matière de politique énergétique. L’État devra fixer les objectifs économiques, géopolitiques et environnementaux de sa politique et laisser émerger les meilleures technologies de production, qu’elles soient nucléaires, éoliennes, solaires ou hydrauliques.

3. Allez-vous vous interroger sur les limites, dans le cas du bien commun que constitue le climat, des solutions de marché et promouvoir la recherche de nouvelles approches pour modérer le changement climatique ?

Les solutions à apporter au problème du réchauffement climatique sont multiples et ne se limitent en effet pas aux solutions de marché. L’implication des États et des gouvernements est indispensable. Il appartient

notamment aux États d’orienter l’ensemble des secteurs de l’économie vers les solutions les moins émettrices de gaz à effet de serre et les pistes d’actions sont multiples. On peut notamment citer : la promotion des énergies renouvelables, dans l’électricité et les transports notamment ; la gestion durable des forêts et des terres agricoles ; le recyclage des déchets ; et bien sûr la maîtrise de notre consommation d’énergie, via les mécanismes d’efficacité énergétique (bâtiments à énergie positive, amélioration des processus industriels…) et une réglementation encourageant la basse consommation, en particulier des hydrocarbures.

4. Prévoirez-vous de lancer des initiatives françaises pour entraîner d’autres pays, ou des groupes de pays dans de nouvelles politiques de modération du changement climatique, plus simples, claires et efficaces ?

Le cadre international existant pour lutter contre le réchauffement climatique reste incontournable, et notre première responsabilité sera de mobiliser le plus grand nombre d’États au sein de ce processus. La France devrait également prendre appui sur ses départements et territoires d’outre-mer pour lancer des initiatives s’adressant à des régions particulièrement vulnérables comme les États insulaires du Pacifique.

5. Quelles seront vos actions pour préparer l’adaptation des activités, des territoires et de la population en France aux impacts du changement climatique ?

Les mesures à adopter sont multiples, par exemple : mesures physiques, comme la mise à niveau des digues de protection ; mesures institutionnelles, comme les mécanismes de gestion de crise ou l’instauration de réglementations spécifiques ; stratégiques comme le choix de déplacement de populations ou la relocalisation d’activités ; amélioration de la connaissance, par des activités de recherche, pour mieux informer, demain, la prise de décision ; information du public et des décideurs…

6. Quelles seront vos propositions d’actions de coopération internationale pour l’adaptation aux menaces, pandémies, les migrations, catastrophes et conflits climatiques ?

La priorité doit bien sûr être la mise en œuvre des décisions sur l’adaptation prises l’année dernière à Paris, lors de la COP21. Rappelons que les pays développés se sont engagés à Paris sur une somme de 100 milliards pour lutter contre les effets du réchauffement climatique, notamment pour les pays les plus pauvres. Je serai particulièrement mobilisé pour les inciter à remplir sur ce point leurs engagements, et la France sera bien sûr exemplaire.

7. Quelles actions à court terme et quels moyens proposerez-vous pour que la France puisse gagner des parts de ce gigantesque marché, pour créer des emplois et augmenter les exportations, en particulier sur les technologies citées ?

Une condition indispensable pour être présents et crédibles à l’export, c’est de ne pas tout miser sur la prolongation de centrales reposant sur une technologie datant des années 70, mais d’investir également sur l’avenir.

Dans ce domaine il y a une règle d’or : les filières industrielles et les entreprises ont besoin de visibilité pour investir et rester compétitifs dans cette course à l’innovation. Je veux donc éviter les errements actuels concernant notre politique énergétique. En tant que garant de la politique énergétique, l’État contraindra EDF à produire un échéancier détaillé de prolongement ou de fermeture des centrales nucléaires existantes. Les ressources financières libérées grâce à l’absence de prolongation automatique de l’ensemble des centrales seront notamment réinvesties dans les capacités de production de demain, qu’elles soient nucléaires ou renouvelables.

Par ailleurs, je considère qu’une des réponses que nous pouvons apporter à la question du changement climatique se trouve aussi dans le stockage de l’énergie afin d’améliorer l’intégration des énergies décarbonées. Je souhaite ainsi que la France soit le premier pays à maîtriser les technologies du stockage de l’énergie.

8. Sur le territoire français, quelles seront vos actions en ce qui concerne la mise en œuvre de la loi sur la transition énergétique et de la programmation pluriannuelle de l’énergie ?

La loi fixe un objectif de 32 % d’énergies renouvelables dans le mix en 2030. On ne peut que s’en réjouir.

Le problème est dans la mise en œuvre, car la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) actuelle ne répond pas au besoin de visibilité, en particulier sur la question du nucléaire où elle est plus qu’évasive. L’échéancier détaillé qu’EDF devra produire dans les plus brefs délais aura vocation à s’intégrer dans les prochaines PPE dès lors qu’il sera validé par l’ASN et la CRE comme étant conforme aux enjeux de sûreté et aux objectifs de la France. Nous donnerons au parlement les moyens de renforcer son action de suivi de la bonne mise en application de la PPE : l’article 187 de la loi sera modifié pour y inclure un pouvoir de sanction, indispensable levier d’un contrôle parlementaire efficace.

9. Quels seront votre politique et vos actions pour accélérer la transition vers les modes de mobilité propres, l’intermodalité et les utilisations optimisées de chaque mode de transport ?

Comme décrit dans mon contrat présidentiel, le transport est un contributeur important aux émissions de CO2 dans l’atmosphère. Il faut encourager le développement des véhicules électriques pour les particuliers, les transports publics et l’usage industriel. Il faut notamment participer au financement de la recherche pour le stockage mobile et le développement des véhicules électriques et autonomes, en fléchant une part du programme des investissements d’avenir (PAI) vers le stockage mobile. Par ailleurs, il faut organiser une concertation de l’État avec le secteur privé pour le recyclage des batteries des véhicules. Enfin, ces dossiers devront être portés comme priorités au niveau européen pour s’accorder sur la normalisation des outils et services utiles au transport électrique.

10. Quelles mesures prendrez-vous et comment seront-elles financées pour traiter la dévalorisation inéluctable des actifs des entreprises liées à la mobilité thermique et les conséquences sociales et économiques d’un abandon rapide de la thermomobilité ?

Les filières industrielles doivent disposer de l’agilité nécessaire pour se transformer et minimiser l’intervention de l’État. Une transformation brutale est d’autant plus supportable qu’elle est bien anticipée et que les acteurs ont les leviers nécessaires pour en faire une véritable opportunité. Dans ce domaine, nos fleurons nationaux comme Renault ont bien compris la révolution du transport électrique qui s’annonce. L’État devra s’employer à faciliter ces transformations pour faire évoluer les métiers (formation), encourager la reconversion des actifs industriels (garanties financières) et ainsi assurer la continuité de l’emploi et des compétences sur le territoire national.