Réversible !

canicule

Avec le nouvel épisode de canicule, on retrouve les discours d’il y a 15 ans. Il fait chaud dehors, pour les personnes fragiles il vaut mieux ne pas sortir, mais il fait aussi chaud dedans. Elles doivent donc se rendre aux urgences en cas de malaise, mais à l’hôpital, il fait souvent tout aussi chaud. Les patients qui ont la malchance d’être hospitalisés en été se contentent souvent d’un ventilateur, qui « permet de survivre ». Il est vrai que les EHPAD doivent maintenant avoir au moins un local rafraîchi qui offre un répit– et qu’ils s’équipent de ventilateurs.

Quant aux bâtiments et aux habitats qui sont dotés de climatisation, on leur reproche de contribuer au chauffage de l’air extérieur et au changement climatique. Le second point se passe de commentaire, ce sont les gaz à effet de serre qui causent le changement climatique, pas l’air des villes. Sur le premier point, il est sûr que s’il fait moins chaud dedans, de l’air ou de l’eau se réchauffe dehors. C’est juste plus confortable pour les personnes dedans et ça ne change pas grand-chose pour les personnes dehors.

Enfin, dans les transports en commun dont une majorité ne sont pas climatisés, les passagers ont intérêt à être en bonne santé. Autrement dit, depuis 15 ans, on a beaucoup plus communiqué qu’agi, et les quelques progrès sont insuffisants.

Il existe pourtant des solutions. L’une s’appelle pompe à chaleur réversible. Elle chauffe l’hiver et climatise l’été dans les modèles qui soufflent de l’air. L’énergie qu’elle puise dans les sources froides l’hiver et chaudes l’été est gratuite : une pompe à chaleur a donc une bonne efficacité énergétique. Si, comme ça devrait être le cas, on se décide à agir contre le changement climatique en plus de communiquer, l’électricité consommée par la pompe finira par être décarbonée et dans ce cas, elle ne contribuera pas au changement climatique.

Malheureusement, ce sont les chauffages au gaz et au bois, sources d’émission de dioxyde de carbone qui contribuent au changement climatique, qui sont encouragés. La climatisation vient après en option, et manifestement on considère qu’elle coûte un pognon fou quand il s’agit de lieux publics.

Cette situation résulte des concepts de gouvernance qui guident la comparaison entre les différentes solutions disponibles. Dans ce cas précis, on voit bien que le concept était erroné, puisque non seulement on n’a pas correctement traité la dégradation du bien-être d’une partie de la population en ne climatisant pas, mais qu’en plus on privilégie des solutions de chauffage qui contribueront au changement climatique pendant la durée de vie d’au moins 15 ans des installations.

Ce thème, la traduction des objectifs du développement durable en actions politiques, est traité dans un article du n° 15 du trimestriel Énergie & Développement magazine qui sera en kiosque le 10 août.