Climat et biodiversité, le climatorelativisme

Il y a un paradoxe à propos du climat. Chaque décision de politique énergétique est justifiée par sa contribution à sa préservation. Or, il est devenu de bon ton de relativiser le changement climatique en le plaçant sur le même plan que l’érosion de la biodiversité, mot valise qui ouvre la voie à une communication riche en annonces.

Le paradoxe s’explique. Malgré toutes ces politiques favorables au climat, il devient difficile de cacher que la limite de 2 °C définie dans les accords de Paris ne peut plus être respectée. C’est qu’en réalité, les décisions présentées comme favorables au climat contribuent au réchauffement climatique (gaz naturel et de synthèse, bioénergies, report du déploiement du véhicule électrique au-delà de 2040, etc.).

En plus, la seule politique qui permettrait d’éviter un réchauffement trop important – l’électrification dans tous les secteurs à partir de sources éoliennes, solaires et carbonées avec captage du dioxyde de carbone – est complètement ignorée.

Dans la communication sur la biodiversité, le climat est quand même convoqué, mais c’est pour le remettre à sa place. Selon le plan Biodiversité, la France doit « profiter de son leadership sur le climat pour y arrimer la biodiversité. Nous ne pourrons réussir le défi du climat sans l’appui des écosystèmes qui sont nos premiers alliés dans cette lutte. Les deux enjeux sont indissociables. » Le climat sert donc de pas de tir pour lancer la fusée biodiversité, mais surtout, on affirme que l’enjeu de la biodiversité (les écosystèmes) est le principal moyen de préserver le climat (c’est-à-dire plus que l’arrêt des émissions de dioxyde de carbone).

Pour enfoncer le clou, la communication ne recule devant rien. Dans le document « La biodiversité s’explique », qui accompagne le plan Biodiversité, on lit que « certains scientifiques parlent d’ailleurs d’un processus en cours vers une sixième extinction de masse des espèces, la dernière en date étant celle des dinosaures, il y a 65 millions d’années. ».

Un des premiers scientifiques à avoir théorisé la sixième extinction est le biologiste Paul Ehrich. Il annonçait au début des années 1980 que 250 000 espèces disparaissaient chaque année et que la moitié de la diversité biologique aurait disparu en 2000. Selon lui, la population mondiale devrait être ramenée à 1,5 milliard d’individus. Autre prophète de la sixième extinction, l’entomologiste Edward Wilson propose de cantonner les humains à une moitié de la planète, l’autre moitié étant transformée en réserve naturelle. Edward Wilson est aussi connu pour s’être approprié le concept de sociobiologie en 1975. Une forme de réductionnisme biologique, née à la fin du 19e siècle et qui n’a aucun fondement scientifique. Ce qui ne serait pas si grave si elle ne conduisait pas à des conclusions erronées. Par exemple, à maintes reprises le discours sociobiologique consacre la « naturalité » de la différence entre hommes et femmes pour démontrer l’infériorité de celles-ci.

Pourquoi la communication officielle sur la biodiversité utilise-t-elle cette prévision, certes très largement médiatisée, mais pas validée scientifiquement, bien au contraire ? Le risque est de décrédibiliser l’ensemble du discours, ce qui serait dommage, car il ne s’agit pas de nier l’existence de différentes formes d’érosion, mais aussi d’évolution, de la diversité biologique.*

Ceci dit, une part des 90 actions du plan Biodiversité se justifient d’elles-mêmes et une autre part qui concernent déjà le développement durable, la protection de l’environnement, la dépollution, la santé et le bien-être humains, le tourisme et les loisirs, l’éducation, la pêche, la gestion des sols agricoles, les déchets, etc. ont été recyclées dans le plan Biodiversité.

Dans le jeu écologie, les décideurs ont cru tirer le joker avec la communication sur la biodiversité qui doit remplacer celle sur le climat, usée à force de s’en être trop servi pour justifier tout et n’importe quoi. À son origine, dans le jeu de l’Euchre, le joker était la carte la plus importante. Pas sûr qu’elle le reste longtemps ici.

* La biodiversité : avec ou sans l’homme ? Christian Levêque, éditions Quae, 2017.