Objectif 1,5 °C : une entourloupe à haut risque

Les gouvernements, qui n’ont pas tenu les engagements pris à la COP21, déjà insuffisants pour limiter l’élévation de température à moins de 2 °C, ont demandé au GIEC de décrire les impacts d’une élévation de la température moyenne de 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle et d’indiquer les trajectoires correspondantes pour la limitation des émissions de gaz à effet de serre.

La démarche des gouvernements vers une cible plus ambitieuse que celle qu’ils ont déjà ratée peut paraître paradoxale, mais on va voir qu’il n’en est rien.

Dans son rapport publié le 8 octobre 2018, le GIEC montre que les impacts du réchauffement climatiques sont bien moindres pour 1,5 °C que pour 2 °C. Ce n’est pas vraiment une surprise. Il présente aussi les conditions et les politiques absolument nécessaires pour viser 1,5 °C en 2100.

Le GIEC reste toujours très prudent dans ses conclusions et chaque affirmation est pondérée par deux systèmes complémentaires : un « niveau de confiance » qui va de très faible à très élevé, et une « évaluation de la probabilité d’un résultat », de quasiment certain à extrêmement peu probable. De plus, dans le corps du texte complet du rapport, le GIEC note explicitement les difficultés, le manque de connaissance, l’incertitude qui pèse le cas échéant sur les solutions.

Évidemment, les comptes-rendus et les réactions au rapport du GIEC omettent de mentionner tout cela. Chaque affirmation est présentée comme faisable, réaliste, à condition d’avoir la volonté politique suffisante.

On a donc retenu que oui, il était possible de limiter l’élévation de température à moins de 1,5 °C. Mais les conditions à remplir en même temps et dans un délai limité paraissent tellement exigeantes, que le GIEC a créé un joker à l’attention des dirigeants.

Si d’aventure les politiques mises en œuvre ne permettaient pas de stabiliser suffisamment tôt la concentration de dioxyde de carbone dans l’atmosphère et que l’élévation de la température de 1,5 °C était atteinte prématurément, alors il suffirait de retirer ultérieurement du dioxyde de carbone de l’atmosphère.

Le GIEC propose deux méthodes : l’afforestation ou la reforestation et la combustion de biomasse avec captage de dioxyde de carbone. Ces solutions ne sont pas nouvelles, elles font l’objet de multiples études et malheureusement, les plus récentes montrent que pour compenser l’excès de dioxyde de carbone d’origine anthropique, les deux solutions nécessiteraient des superficies de terres incompatibles avec les autres usages. De plus, les forêts secondaires ont une durée de vie trop courte pour réaliser tout le potentiel d’absorption de dioxyde de carbone et les terres cultivées pour la bioénergie ne sont pas celles qui ont la plus grande capacité d’absorption et de stockage de dioxyde de carbone. Ainsi, comme le notent d’ailleurs les auteurs du rapport du GIEC, la possibilité de retirer du dioxyde de carbone de l’atmosphère reste du domaine de l’hypothèse.

Il est probable qu’à la COP24 en décembre, les gouvernements vont adopter cette solution dite du dépassement, qui consiste à laisser filer les émissions pendant leur mandat pour reporter sur leurs successeurs la tâche de corriger leur inconséquence. En plus, ils vont pouvoir communiquer sur l’objectif 1,5 °C, démontrant ainsi leur forte implication dans la modération du changement climatique.

Le risque est de n’aboutir ni à 1,5 °C, ni à 2 °C, ni à 3 °C, mais à plus de 4 °C à la fin du siècle. En effet, on connaît les solutions disponibles qui peuvent être mises en œuvre immédiatement et qui permettent de limiter l’élévation de température à 3 °C, ce qui serait un moindre mal.

Il s’agit de l’arrêt en quelques années des émissions de dioxyde de carbone des procédés qui utilisent la combustion de sources d’énergie carbonée. Dans les usages diffus (transport, bâtiment, procédés moyennes températures), la combustion doit être remplacée par de l’électricité de sources éolienne, solaire, marine, géothermique. Dans les grandes installations (centrales électriques, cimenteries, etc.) il faut capter le dioxyde de carbone émis.

Mais il y a fort à parier que les gouvernements et les dirigeants ne mettront pas plus en œuvre les politiques et les réglementations correspondantes qu’ils ne l’ont fait jusqu’à présent, tout à leur nouvelle tâche de mise en ordre de marche pour l’objectif 1,5 °C.

C’est un peu comme le perchiste qui rate son avant-dernier essai et demande la barre au-dessus du record du monde pour l’essai final : ça s’appelle aussi jouer à quitte ou double. Mais ici, c’est avec le climat.

 

LES VRAIES SOLUTIONS POUR UN OBJECTIF ATTEIGNABLE