Plus 1,5 °C avant 2022 ?

Une nouvelle prévision publiée par les scientifiques du Met Office indique que la température moyenne mondiale annuelle devrait dépasser 1 °C et pourrait atteindre 1,5 °C au-dessus des niveaux préindustriels au cours des cinq prochaines années (2018-2022). Par Marc Lavan

Il y a aussi une petite chance (environ 10 %) qu’au moins une année dans cette période dépasse 1,5 °C au-dessus des niveaux préindustriels (1850-1900), bien que cela ne se produira pas cette année.

C’est la première fois que des valeurs aussi élevées ont été mises en évidence dans ces prévisions annuelles du Met Office américain. Selon Stephen Belcher, scientifique en chef au Met Office, « Étant donné que les températures moyennes mondiales ont été d’environ 1 °C au-dessus des niveaux préindustriels au cours des trois dernières années, il est maintenant possible que la poursuite du réchauffement dû aux gaz à effet de serre combinée avec la variabilité naturelle puisse aboutir à dépasser temporairement 1,5 °C dans les cinq prochaines années. »

L’accord de Paris affirme l’objectif de limiter le réchauffement climatique en dessous de 2 °C et à viser 1,5 °C. Selon Doug Smith, du Met Office Hadley « Nous commençons à voir une petite, mais réelle possibilité de dépasser temporairement le niveau de 1,5 °C, mais nous devons nous rappeler que l’accord de Paris porte sur le climat global atteignant ce niveau sur une moyenne à long terme, plutôt que juste une excursion temporaire. »

Le professeur Adam Scaife, responsable de la prévision à long terme au Met Office, a indiqué pour sa part que : « Ces prévisions montrent que des événements à 1,5 °C se profilent à l’horizon, mais l’évolution globale du réchauffement ne signifierait pas un dépassement plus soutenu de la limite de 1,5 °C des accords de Paris. Des dépassements précoces et temporaires de ce niveau de réchauffement coïncideront probablement avec un important épisode El Niño dans le Pacifique. »

Le professeur Scaife a ajouté que la poursuite des émissions de gaz à effet de serre entraînant un réchauffement supplémentaire signifierait que les chances de voir le nombre d’années à 1,5 °C ou plus augmenteront probablement dans les années à venir. Les prévisions décennales du Met Office sont mises à jour chaque année. Les prévisions font suite à l’annonce l’année dernière de la fin du ralentissement du réchauffement rapide qui a suivi et de la hausse des températures mondiales records au cours des dernières années. Plus tard cette année, le GIEC publiera un rapport spécial sur les risques de dépasser le niveau de réchauffement de 1,5 °C et sur ce qui pourrait être fait pour l’éviter.

CONTEXTE

Les scientifiques du MET office font preuve de beaucoup de prudence et ne remettent pas en cause l’objectif de limiter l’élévation de température de 1,5 °C. C’est normal, car ils ne traitent pas du changement climatique, mais seulement de l’évolution de la météorologie à l’échelle de 10 ans, avec une mise à jour annuelle. Pourtant, cet objectif paraît très illusoire, à moins que tous les modèles climatiques soient erronés. Mais jusqu’à présent, leurs prévisions se réalisent, parfois bien plus tôt que prévu. D’une part, les engagements non contraignants des accords de Paris ne sont pas tous mis en œuvre et les signataires eux-mêmes des accords se répandent en déclarations suivant lesquelles nous ne sommes pas sur la bonne trajectoire. Si on se base sur les quantités de dioxyde de carbone qui restent à émettre, on trouve que les 2 °C seront probablement atteints en 2050. D’autre part, les scientifiques du Met Office parlent de la température moyenne sur la surface de la planète. Or, on constate que dès maintenant, dans les régions polaires l’élévation de température atteint plus de 20 °C à certaines périodes de l’année, causant la fonte accélérée des plaques glaciaires puis des glaciers. Dans les zones arides, la température a déjà atteint des niveaux inconnus jusque là en été.

Cependant, la température moyenne n’est pas toute l’histoire. Après tout, l’humanité a fait une petite modification, en doublant la concentration de dioxyde de carbone dans l’atmosphère. Mais contrairement à ce qu’on entend dire, l’humanité n’a pas pour autant le pouvoir de changer la nature. Les conséquences de cette injection de dioxyde de carbone restent régies par les lois physiques et chimiques qui déterminent le réchauffement de l’atmosphère, la modification de la circulation des vents et des courants marins, la montée des eaux, les sécheresses et les inondations, la fonte des glaciers, l’impact sur la biodiversité en en fin de compte sur l’humanité. Nous pouvons encore faire cesser nos perturbations et laisser la nature retrouver un équilibre fragile, celui qui a permis à l’humanité de se développer. Ou pas.

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