Procès climatiques

Le 10 janvier 2018, Bill de Biasio a annoncé que la ville de New York dont il est le Maire, allait se désengager des combustibles fossiles et allait poursuivre cinq grandes compagnies pétrolières en justice.

Naomi Klein a prononcé un discours à cette occasion historique, en associant transition énergétique et justice, sur cinq points.

Les principes de la justice doivent être au centre de la réponse à la crise climatique — une crise qui se manifeste d’une manière de plus en plus injuste.

Cela va au-delà de la justice climatique entre pays développés et pays en développement ou émergents.

La justice signifie que les personnes qui ont le moins contribué à créer cette crise, mais qui supportent les risques les plus lourds et les charges les plus toxiques, doivent être les premières à bénéficier du développement économique vert et de la création d’emplois.

La justice signifie également que les travailleurs des industries polluantes ne doivent pas être laissés pour compte.

Et la justice signifie enfin que les intérêts des entreprises qui ont le plus contribué à nous plonger dans ce gâchis — avec leurs émissions et leurs campagnes de désinformation délibérée — vont devoir payer leur véritable part des énormes coûts de la perturbation climatique et de la transition trop longtemps retardée.

Si ce sont les gouvernements qui absorbent ces coûts, il y aura encore moins d’argent pour les écoles, pour un transport et un logement abordables, pour les soins de santé, au détriment des personnes les plus touchées par le changement climatique.

Naomi Klein résume la situation de façon lapidaire en notant que le statu quo signifie que les pauvres paient encore et encore pour que les pollueurs soient encore plus riches.

En poursuivant ces cinq majors pétrolières qui ont sciemment aggravé la crise climatique et en entamant simultanément le processus de désinvestissement de 5 milliards de dollars des compagnies de combustibles fossiles, la ville de New York fait un premier pas – petit par rapport à l’enjeu, mais pas que symbolique — vers un redressement du monde.

Naomi Klein note aussi qu’il y a eu plusieurs tentatives d’acteurs aux moyens modestes pour intenter des procès à l’industrie des énergies fossiles, par des habitants de l’Arctique, par des îles de l’océan pacifique, par un paysan péruvien. Jusque là, l’industrie a profité de la faiblesse et de la pauvreté relatives de ses accusateurs, réussissant parfois à annuler les poursuites avant même les dépôts de plainte.

Cette fois, on peut penser que l’intimidation ne va pas fonctionner parce que « l’accusation vient de la plus grande ville du pays le plus puissant de la planète, une ville qui est aussi la capitale financière mondiale. »

La décision de Bill de Biasio est de nature à fixer une nouvelle ambition aux candidats au leadership climatique mondial.

C’est en effet à plus d’ambition qu’en appelle Naomi Klein. Tout en sachant que la bataille est loin d’être gagnée et que l’approche judiciaire n’en est qu’un élément.

Elle nous rappelle qu’il y a quelques années, un tribunal équatorien avait ordonné à Chevron de payer 19 milliards de dollars de dommages et intérêts pour la catastrophe pétrolière connue sous le nom de « Rainforest Tchernobyl ». Un porte-parole de l’entreprise avait répondu qu’elle « combattrait jusque ce que l’enfer soit gelé. Et qu’ensuite elle se battrait sur la glace ».

Chevron ne croit pas au réchauffement climatique.