Supprimer la suie pour ralentir la fonte des glaces arctiques

noir de carbone arctique

Des émissions de particules de carbones imbrûlées proviennent de la combustion du bois, des torchères de l’exploitation pétrolière et des moteurs diesel. Des études récentes montrent que ces particules contribuent à l’accélération de la fonte de glaces arctiques. Alors que l’arrêt des émissions de gaz à effet de serre n’interviendra au mieux que dans vingt ou trente ans, l’arrêt des émissions de particules de carbone pourrait survenir beaucoup plus vite, permettant de gagner du temps et d’éviter la disparition totale des glaces arctiques et des phénomènes météorologiques catastrophiques qui en résulteraient.

Les dépôts de suie assombrissent des zones de l’Arctique, ce qui diminue la capacité des surfaces à réfléchir la lumière solaire, qui se trouve alors absorbée dans les couches superficielles. Ce phénomène accélère la fonte de la glace, ce qui à son tour modifie les régimes météorologiques habituels. Les vastes superficies de glace et de neige qui recouvrent l’Arctique apparaissent très blanches à grande distance. Mais en les observant plus attentivement, on voit que les glaciers et la neige sont tachetés de zones noires, grises et brunes, dont certaines s’étendent sur des kilomètres. Il s’agit de dépôts de suies issues de l’activité humaine. Les mesures et les modèles montrent que cette suie contribue au réchauffement de l’Arctique, par le réchauffement de l’air et parce que les zones sombres absorbent la lumière solaire, ce qui a pour effet de faire fondre la neige et la banquise.

Selon les travaux de Piers Forster, un professeur du changement climatique à l’Université de Leeds et Maria Sands, une chercheuse à l’Institut Cicero en Norvège, et leurs collègues, la diminution des émissions de suies pourrait faire baisser la température de l’Arctique de 0,2 °C en quelques décennies. Ce serait une contribution non négligeable et pouvant être réalisée rapidement. Selon d’autres études, la suie présente dans l’atmosphère pourrait provoquer une élévation de température de 0,5 °C dans l’Arctique.

Il est vrai que les particules de carbone imbrûlées et les oxydes de soufre, qui accompagnent souvent les émissions de suie, peuvent avoir un effet de refroidissement, en réfléchissant une partie du rayonnement solaire. Le bilan est complexe à établir, mais à court terme, en agissant sur les émissions de suie, on prévoit une réduction du réchauffement.

La suie provient d’un nombre limité de sources. Elle provoque aussi des maladies respiratoires. Les fumées de combustion tuent plus de 4 millions de personnes dans le monde, selon l’OMS, dont une majorité de femmes et d’enfants, à cause des feux utilisés pour la cuisson. La réduction des émissions de suie présente donc un avantage à la fois pour le climat et pour la santé.

Forster et Sand ont identifié les trois mesures les plus efficaces pour réduire les émissions de suie : diminuer les feux de bois domestiques en Asie, supprimer les torchères des champs pétroliers en Russie et réduire les émissions des véhicules diesel dans le monde.

https://www.theguardian.com/environment/2016/dec/21/cutting-soot-emissions-arctic-ice-melt-climate-change